Pierre Rabhi – Y a-t-il une vie avant la mort ?

Agriculteur, écrivain et penseur français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est un des pionniers de l’agriculture biologique et l’inventeur du concept « Oasis en tous lieux ».

Il défend un mode de société plus respectueux des hommes et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers.

Dans la vidéo suivante, issue du TedxParis 2011, Pierre Rabhi nous retrace son expérience, à la fois simple et profonde:

Je vous invite à lire son blog très intéressant:

Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’économie de marché à sorti le monde de la précarité. Je suis témoin du contraire. Dans cette oasis du Sud algérien où j’ai grandi, j’ai vu une petite société pastorale bouleversée par l’arrivée de l’industrie houillère.
Mon père, qui faisait chanter l’enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s’abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n’avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire.

J’avais 20 ans quand j’ai réalisé que la modernité n’était qu’une vaste imposture… La suite ici

Je le confesse, je suis le nouvel analphabète des technologies modernes. Incapable de me servir d’Internet. [..]
Je n’ai rien contre les nouvelles technologies, elles ne sont ni bonnes ni mauvaises. Tout dépend de l’usage que l’on en fait. Elles pourraient participer à ce que Teilhard de Chardin appelle l’union créatrice, contribuer à une élévation des consciences. C’est en partie vrai.

Mais, dans l’ensemble, elles sont utilisées par des consciences qui n’ont pas suffisamment évolué. Nous avons Internet et Inter-pas-net. Sans même parler de ce que véhicule le Réseau, ce qui n’est pas net, c’est que nos outils déterminent nos modes de vie plutôt que l’inverse. Ils prennent le pouvoir insidieusement, nous obligent à organiser notre quotidien pour qu’ils nous deviennent indispensables, tout en imprimant à nos existences un rythme frénétique. Nous vivons en disharmonie avec notre pulsion cardiaque qui nous dit : « Tranquille, tranquille… ».

L’intelligence de la vie a mis en nous une cadence que la vitesse a changée. Parce que nous ne voulons pas renoncer à la frénésie, nous nous dotons d’instruments supplémentaires pour la supporter. Et nous voici prolongés de téléphones et d’ordinateurs portables, appendices censés nous faciliter les choses, eux qui nous tiennent par le nombre fou de messages à traiter ou par leur incessante obsolescence. Car nous sommes dans le mythe d’un toujours plus indéfini, sans jamais pouvoir atteindre une satisfaction que nous plaçons de plus en plus haut. Il ne faut pas confondre aptitudes et intelligence. Ce que nous savons faire ne mérite pas toujours d’être fait. Si des extraterrestres arrivaient chez nous, ils diraient probablement : « Ils sont surdoués, mais crétins. » Nos aptitudes rendent le monde chaotique, elles ne parviennent pas à donner un ordre intelligent à nos prouesses. À l’échelle du temps géologique, nous sommes arrivés dans les trois dernières minutes d’une planète née il y a vingt-quatre heures.

Avant nous, il y a de l’intelligence, un ordre qui nous précède et qui est symphonique. Nous sommes les seuls à jouer une fausse note. L’écologie est une symphonie dans laquelle chacun joue sa partition. La nôtre peut être de marquer une pause pour réfléchir à l’usage que nous faisons du temps, de la technologie, de l’argent. Peut-être faudrait-il inventer un nouvel outil, appelons-le egomètre ou ambitiomètre. Un objet doté d’une alarme qui signalerait que ce que nous faisons n’a pas d’autre sens que de servir le démiurge en nous, celui qui croit pouvoir dompter le monde, tout en nous précipitant vers l’absurde.

Des songes heureux pour ensemencer les siècles…
Sachez que la Création ne nous appartient pas, mais que nous sommes ses enfants.
Gardez-vous de toute arrogance car les arbres et toutes les créatures sont également enfants de la Création.
Vivez avec légèreté sans jamais outrager l’eau, le souffle ou la lumière.
Et si vous prélevez de la vie pour votre vie, ayez de la gratitude.
Lorsque vous immolez un animal, sachez que c’est la vie qui se donne à la vie et que rien ne soit dilapidé de ce don.
Sachez établir la mesure de toute chose.
Ne faites point de bruit inutile, ne tuez pas sans nécessité ou par divertissement.
Sachez que les arbres et le vent se délectent de la mélodie qu’ensemble ils enfantent, et l’oiseau, porté par le souffle, est un messager du ciel autant que la terre.
Soyez très éveillés lorsque le soleil illumine vos sentiers et lorsque la nuit vous rassemble, ayez confiance en elle, car si vous n’avez ni haine ni ennemi, elle vous conduira sans dommage, sur ses pirogues de silence, jusqu’aux rives de l’aurore.
Que le temps et l’âge ne vous accablent pas, car ils vous préparent à d’autres naissances, et dans vos jours amoindris, si votre vie fut juste, il naîtra de nouveaux songes heureux, pour ensemencer les siècles.

Pierre Rabhi, Extrait du Recours à la Terre, Terre du ciel, 1995

Le site officiel de Pierre Rabhi

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Posté le 28 Jan 2011 par | 1 Commentaire » Tags : , , , , |

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